La presse en parle

Retrouvez ici les articles publiés par le Journal de Saône et Loire sur Le Centre d'Interprétation de la Ligne de Démarcation 

Victor Haïm raconte comment il a passé la Ligne de Démarcation

Victor Haïm a passé la Ligne de démarcation à Chalon

 

En avril 2019, Le pôle culturel et touristique a eu la surprise et l’honneur d’accueillir Victor Haïm, venu visiter le Centre d’interprétation de la Ligne de Démarcation avec sa compagne, la comédienne Dominique Arden et un couple d’amis originaire de La Clayette. Il faut dire que cette Ligne n’a rien d’abstrait pour le dramaturge et s’il n’avait que 6 ans lorsqu’il l’a traversée à Chalon-sur-Saône, avec sa sœur aînée et sa mère, les souvenirs sont restés intacts. Victor Haïm a accepté de partager son histoire dans les colonnes du Jsl. L’histoire d’un enfant juif pendant la Seconde Guerre mondiale, celle d’un gamin plus chanceux que les autres. Un moment poignant qui apporte toute sa dimension à ce lieu de mémoire indispensable

 

Il raconte cet épisode de sa vie où il a frôlé la mort.

" Nous étions une quarantaine, dont beaucoup de juifs polonais, à vouloir passer la Ligne ce soir d’automne 1941. Mon père avait fui Nantes où nous vivions depuis un an déjà, car il figurait sur la liste des juifs à fusiller. Il nous attendait, caché, à Saint-Etienne. Nous avions réussi à obtenir de faux papiers et un faux certificat médical pour ma sœur prétendue gravement malade. Haïm est devenu Haimé, un nom qui sonnait plus français. Ce soir-là nous suivions un passeur. Je me rappelle les projecteurs qui balayaient le champ que nous tentions de traverser. Tantôt il nous fallait courir, tantôt nous coucher à plat ventre. Arrivés à la Ligne, tout le monde s’est dispersé sur ordre du passeur. Je suis resté avec ma mère et ma sœur qui n’avait que 9 ans. C’est là que la Gestapo nous a attrapés. Les minutes qui ont suivi m’ont paru une éternité. Ma mère a inventé un mensonge, prétendant que nous étions perdus et qu’il nous fallait trouver la maison d’un certain M. Jailloux, qui pourrait soigner ma sœur. C’est un vieux paysan en sabots qui passait par là qui nous a arrachés des mains de la Gestapo et sans doute sauvé la vie. Avec un aplomb inouï il a menti à son tour aux Allemands, assurant connaître la maison Jailloux et nous a pris par la main pour nous y conduire. « Surtout ne vous retournez pas. Marchez tranquillement », nous répétait-il. Il nous a laissés un peu plus loin et refusé l’argent que ma mère voulait lui donner pour le remercier d’avoir sauvé ses enfants. J’aurais aimé connaître son nom. Lorsque le passeur est reparu sur une bicyclette, il hurlait : « Patrouille ! Courez jusqu’à la lumière ! » Nous avons traversé le bois jusqu’à une maison éclairée. Une fois à l’intérieur, les lumières se sont éteintes et ma mère s’est évanouie. Arrivés à Saint-Etienne, notre famille recomposée, nous avons pris la direction d’un petit village, Vorey sur Arzon, en Auvergne, où nous sommes restés cachés jusqu’à la fin de la guerre. Tous les dimanches nous allions à l’église et nous n’avons plus jamais porté l’étoile jaune. Mes grands-parents maternels, mes tantes et mon oncle ont eu moins de chance que nous. Ils ont tous été déportés et ne sont jamais revenus d’Auschwitz. Ce sont des souvenirs douloureux mais j’ai eu beaucoup de chance et toujours pensé qu’après tout ça, le reste n’était que du “rab”. Il faut absolument perpétuer la mémoire de ces événements monstrueux et continuer l’enseignement. »

Il découvre la lettre de sa grand-mère au Centre de la ligne de démarcation

Jean Liodenot, un sexagénaire de Saint-Eusèbe, a visité en octobre 2019 le Centre d’interprétation de la ligne de démarcation de Génelard. Sur place, il a été ému de lire une lettre rédigée par sa grand-mère maternelle en 1941.

Elle est adressée au sous-préfet et signée par la famille Baudin, agriculteurs à la Croix-Racot, quartier de Saint-Vallier (71230), pendant la Seconde Guerre mondiale. Une lettre manuscrite, rédigée au porte-plume en mai 1941, qui explique les difficultés rencontrées par le couple Baudin dont la propriété, située au Poivre, était traversée par la ligne de démarcation. La copie de cette lettre, qui provient des Archives départementales, se trouve au Centre d’interprétation de la ligne de démarcation de Génelard. Vendredi, Jean Liodenot est venu de Saint-Eusèbe, accompagné de son épouse Michèle, et a découvert la lettre de ses grands-parents maternels avec beaucoup d’émotion. « Je connaissais l’existence de cette lettre, explique le petit-fils, car ma sœur était venue visiter le centre et l’avait découverte avant moi, mais ça fait tout de même drôle de la voir. C’est sans doute ma grand-mère qui l’a rédigée, c’est elle qui s’occupait des papiers à la maison. Ma mère nous avait raconté que la ligne passait dans la cour de la ferme et que le poste de contrôle allemand se trouvait tout près de la propriété qui, heureusement, n’était pas occupée par les Allemands » . La lettre explique que le couple est « dans l’obligation de franchir la ligne de démarcation tous les jours », pour aller travailler dans ses champs, mais n’est autorisé à le faire que « trois jours par semaine » et que par conséquent, son « travail et ravitaillement en souffrent ». La famille Baudin réclamait donc un laissez-passer (ausweis) valable tous les jours et permanent. Ce quotidien en « bordure du drame », comme l’a surnommée le Général De Gaulle, les Français étaient des milliers à le subir : des agriculteurs séparés de leurs champs, des commerçants de leurs clients, des enfants de leur école…« J’aurais aimé savoir si mes grands-parents ont reçu une réponse favorable, mais je ne le saurai jamais », poursuit Jean Liodenot. Vendredi soir, comme un coup du destin, la chaîne RMC diffusait un documentaire sur la ligne de démarcation que le couple a regardé attentivement, en pensant sans doute à celles et ceux qui l’ont connue et traversée.

 

Tristan Aubry, un journaliste du jsl a " testé le centre d'interprétation de la ligne de démarcation "